Aux racines de NFH

En cette période de Carême, c’est l’occasion de revenir sur l’origine de cette idée, pour quelles raisons et dans quel but a été crée ce collectif, dans quel état d’esprit.

En 2009, alors consommateur de tabac, de cannabis et avec plusieurs expériences psychédéliques ou autres à mon actif, je passais le cap du rituel chamanique avec prise d’ayahuasca. A ce moment là, je m’intéressais à la spiritualité au sens large, mais j’étais bien loin de la foi catholique qui m’avait vu naître, plus proche de la mouvance « New âge » et de la contre-culture qui gravite dans son sillage. Disons que je m’intéressais surtout à la notion de « développement personnel », que je ne m’enfermais dans aucun culte, que j’étais curieux de tout ou presque. Bouddhisme (zen, tibétain ou vietnamien, méditation de pleine conscience, etc.), chamanismes (amazonien en particulier), hindouisme (Baghavad-Gita), alchimie, poètes surréalistes (Charles Duits), orientalistes et écrivains de la Beat génération, psychologie transpersonelle (Stan Grof)…bref, un sacré mélange. 

A cette époque, l’ayahuasca était un peu vu comme « l’épreuve initiatique » par excellence. Et plusieurs syncrétismes religieux (souvent brésiliens), proposaient des sessions en Belgique, Pays-Bas, etc. Je ne reviendrais pas sur la cérémonie en elle-même, déjà partagée en divers endroits* du net, mais sur l’après. 

Abandonné par ces marchands d’ésotérismes (proposant tout un panel d’expériences telles qu’ ayahuasca, iboga, kambo, sananga, voir un mélange de plusieurs), je faisais face à la dure réalité de ce pseudo monde spirituel : no money, no friends. Et à l’orgueil de ces milieux : si quelque chose déconne, ça ne peut pas venir d’eux. 

Dans leur vision du monde, on est soit même créateur de sa propre réalité, donc responsable de tout ce qui nous arrive. Comme je le comprendrais bien plus tard, cette philosophie est totalement adaptée au néolibéralisme. Le « change toi et le monde changera » invite à l’effort personnel et individuel, le collectif n’est pas utile et comme le disait Timothy Leary : « Il faut choisir entre la rébellion et la religion. Ne votez pas. Ne signez pas de pétition. Vous ne pouvez rien faire pour changer l’Amérique sur le plan politique ». (page 168 de « LSD et CIA » de Martin Lee/ Bruce Shlain) Sacré programme…

D’ailleurs, est-ce un hasard si un grand spéculateur américain comme Georges Soros, finance des organismes comme ICEERS** au travers de l’Open Society Foundation, une structure internationale qui pratique le soft power dans de nombreux pays (présente notamment lors des évènements ukrainiens d’Euromaïdan en 2013-2014) ?

Quand on voit la monétisation des psychédéliques par l’usage médical (certaines sociétés comme CYBIN sont cotées en bourse), est-ce si étonnant ? Bienvenu dans l’ère du libéralisme psychédélique !

Bref, je ferme la parenthèse, mais devant l’absence d’aide médicale ou autre, c’est ainsi que je me suis retrouvé dans une église pour la 1ère fois depuis bien longtemps…à part pour visiter, c’était probablement la première fois que je priais sincèrement dans ce type de lieu. A cette occasion, une paroissienne qui était bénévole au presbytère vint me voir pour savoir si tout allait bien. Puis devant mon désarroi, me proposa de rencontrer un prêtre, ce que j’acceptais. Contrairement à ce que je pensais, il ne me jugea pas. C’était un prêtre qui venait du Congo, et il connaissait bien la sorcellerie dans son pays donc tout ce que je vivais ne l’étonnais pas vraiment. 

Par la suite, toute une partie de cette communauté chrétienne, passa du temps avec moi, pria pour moi et certains me proposèrent même de venir avec eux en pèlerinage à Lourdes, où ils m’hébergèrent et payèrent mes repas. Je n’avais jamais vraiment connu cette gratuité inconditionnelle ailleurs (même chez les bouddhistes ou les squats anars), ce don de soi et le soucis de l’autre à ce point.

C’est dans cette période transitoire, où je me relevais peu à peu de l’abîme, que l’idée de témoigner de mon expérience sur les forums fit son chemin…puis en étant immergé dans ces communautés virtuelles, je découvrais une autre réalité : les nouveaux produits de synthèse avaient tendance à remplacer désormais les « plantes ethnobotaniques » des smart shops (salvia, champis, cactus, kratom), celles qui avaient impacté particulièrement la précédente génération (la mienne). 

A ce moment, m’étant engagé dans un « chemin de service », qui est la caractéristique de l’enseignement du Christ, je décidais de me lancer dans la création de Not For Human sur mon temps libre. Cela complétais mon engagement professionnel auprès des personnes âgées et des enfants (aide à la personne). Jésus ayant toujours été proche des exclus (lépreux et autres personnes rejetées par la société de l’époque), je trouvais ça cohérent d’apporter un soutien aux usagers de drogues souvent vus comme des parias (l’origine du mot junky est assez explicite).

Si les premières années, je restais fidèle à mon engagement, avec le temps je fis l’erreur de mettre Dieu de côté et vouloir transformer ce quasi-sacerdoce en projet professionnel dans ce domaine.

Depuis plusieurs mois, je vis la maladie et le handicap physique, ce qui me refait considérer tout ça à la lumière de l’épreuve. Même si je sais que le christianisme n’a pas vraiment la côte dans les milieux de la dope, considéré au mieux comme rétrograde, has been voir de gros réacs (ou pire des pédos), ça me semblait important de témoigner de la foi derrière ce projet et cette aventure, sans laquelle rien n’aurait été possible ! 

Cet engagement touche désormais à sa fin et je sens que je suis appelé vers d’autres chemins, notamment le récit autobiographique de mon chemin spirituel…mais cette période restera toujours dans mon cœur, et même si tout n’a pas été facile et de tout repos, je remercie vivement ceux et celles sans qui cela n’aurait pas pu exister. Et je demande pardon si certain-es ont été blessé en cours de route, c’est pas évident de naviguer dans ce milieu de la RDR, où malheureusement trop souvent l’égo trip est de mise…et pour être honnête, les drogues n’arrangent pas les relations, les susceptibilités, les interprétations biaisées, les illusions, etc. 

Dans ces temps troublés, je vous souhaite à tous et toutes Paix, Amour et Lumière!

* https://www.psychonaut.fr/threads/ayahuasca-traumatisme-durable.26290/

https://www.erowid.org/experiences/exp.php?ID=10414

** https://www.iceers.org/en/explore-iceers__trashed/sponsors-collaborators/


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